IRAN – Téhéran

5 juin 2019

VOYAGE VOYAGE

« Mais pourquoi l’Iran ? » C’est la question qui est très souvent revenue lorsque nous avons annoncé que nous partions visiter ce pays. « Pourquoi pas ! » étant la réponse que nous donnions le plus souvent, l’idée était surtout de partir avec l’envie de découvrir un beau pays finalement peu connu autrement que par le journal télé et les légendes qui tournent autour de la République Islamique d’Iran.

Ne nous le cachons pas, c’est tout de même accompagnés de quelques clichés ancrés dans nos consciences que nous partons dès 4h00 du matin pour une vingtaine d’heures de voyage. Avec aussi la certitude que certains seront confirmés, mais aussi l’espoir que d’autres se révéleront  totalement absurdes.

Après 4h de bus pour Paris, une heure de train pour l’aéroport et 6h30 de vol entrecoupés d’une escale de 2h30 à Istanbul, nous débarquons à l’aéroport de Téhéran un peu avant minuit.

La première incertitude se présente alors. Combien de temps va nous prendre la demande de visa ? Selon nos renseignements, cela peut varier d’une demie-heure à…4 heures ! Forcément, après cette journée passée dans les transports, nous signerons bien volontiers pour la première option. Et pour commencer, la chance est avec nous puisqu’il n’y a pas foule.

Une fois notre attestation d’assurance vérifiée et validée, la seconde étape est le paiement. Nous nous délestons donc de 75 euros chacun (+ 3 euros de frais…) avant de passer aux choses sérieuses. Tout devient alors bizarre. 

En effet, pour une formalité qui aurait du prendre environ 50 secondes, il aura fallu une heure pour avoir notre sésame. Entre le pas très vif (ou très mou) préposé de l’accueil et le James Bond local qui nous pose une question sur ce qu’on fait dans la vie et revient dix minutes plus tard pour nous en reposer une autre sur la raison de notre visite, nous ne savons pas s’il s’agit d’une mauvaise organisation, d’une volonté de nous faire attendre ou tout simplement d’une procédure totalement lunaire. En tout cas, c’est sans tampon sur le passeport et aucune preuve que le visa est accepté (seulement une preuve que nous l’avons demandé…) que nous partons chercher nos bagages. Une première.

Il faut maintenant passer le contrôle des passeports, et plus d’une heure après l’atterrissage forcément l’endroit est désert. Un agent dort tranquillement sur son clavier et un autre vient nous demander ce qu’on fait là. Après un très rapide contrôle, nous passons et allons chercher nos bagages, bien seuls sur le tapis qui ne roule même plus.

Nous pensions que l’Iran était hyper à cheval sur la sécurité, mais nous réussissons à sortir sans le vouloir sans passer le moindre contrôle des bagages ! Encore une première.

Enfin, il ne nous reste plus qu’à faire du change (à l’instant T, 1 euro = 150 000 Rials Iraniens), acheter une carte SIM iranienne et prendre un taxi.

C’est donc à presque 3h00 du matin que nous arrivons à Ekbatan, un quartier de Téhéran où Massoud nous accueille chez lui.

Une brève présentation, une douche rapide et extinction des feux pour une nuit de sommeil très attendue.

 

Bus Dijon – Paris : 3 € /p avec Flixbus (4h00)

Avion Paris – Téhéran (escale Istanbul) : 345€/pers avec Turkish Airlines (8h30)

Taxi Aéroport International – Téhéran : 1 200 000 IRR (une heure)

Demande de visa : Il faut absolument une attestation d’assurance en anglais avec le nom du pays clairement stipulé et les dates de séjour, sinon une assurance vous sera obligatoirement vendue (environ 16$).

Une demande de e-visa est recommandée, même si elle est systématiquement refusée. A moins de prendre RDV à l’ambassade d’Iran à Paris ou de passer par une agence.

Le prix du visa : 75 euros /p + 3 euros de frais (?)

Attention, vous ne pourrez pas embarquer si un tampon israélien est sur votre passeport.

 

6 juin 2019

Le réveil est difficile mais le petit déjeuner concocté par Massoud requinque. Salade de tomates, concombres et fromage frais, oeufs frits et pastèque, le tout agrémenté de pain, de miel et de café, il ne nous en faut pas plus. Nous discutons avec Massoud de ce qu’il y a à faire à Téhéran et il nous indique le meilleur moyen d’y aller en métro.

Nous apprenons aussi que pour dire merci, il suffit de dire…merci (en roulant le r).

Aujourd’hui c’est férié (Aïd el Fitr) et malheureusement le grand bazar sera fermé, mais nous aurons l’occasion de revenir avant la fin de notre périple. C’est quand même aux alentours de ce bazar que nous décidons d’aller prendre la température de la ville.

Pour ce faire, nous faisons attention à notre tenue. Pantalon, chemisette et chaussures fermées pour moi, Hijab pour Emeline. Le Hijab est obligatoire pour les femmes, c’est la loi. Il ne s’agit pas d’un habit traditionnel. Beaucoup de choses sont permises tant que les cheveux et les formes sont dissimulés. C’est donc avec un foulard sur les cheveux et une chemise longue qu’Emeline sera pendant un mois. Ce n’est pas ici qu’elle pourra parfaire son bronzage !

Nous empruntons donc le métro, propre, efficace et qui n’a rien à envier aux métros d’autres grandes villes. En plus c’est pratiquement gratuit ! 

Petite différence quand même, des rames sont réservées aux femmes seules qui doivent absolument s’y rendre. En effet, les femmes accompagnées de leur mari ou d’un parent peuvent emprunter les autres rames, à condition de ne pas s’asseoir à côté d’un homme qu’elles ne connaissent pas. C’est un coup à prendre puisqu’il ne faut par exemple pas laisser une place libre à côté d’Emeline, sinon aucun homme ne pourra s’asseoir sur ce siège !

Des vendeurs à la sauvette déambulent également dans les rames, proposant toutes sortes d’articles que nous ne pensions pas pouvoir acheter dans le métro. Chaussettes « Levi’s », semelles, rasoirs « Gilette », brosses à dents ou gadgets totalement inutiles, tout se vend, tout s’achète !

A la sortie de la station, il y a énormément d’animation. En effet, autour du bazar se côtoient toutes les échoppes de nourriture, d’habits et de tapis. Fruits secs, épices, sucreries en tout genre, glaces, tapis persans ou tapis chinois, tout y est. Nous rentrons ensuite dans une espèce de centre commercial, qui n’a de charme dans la chaleur de cette fin de matinée que parce qu’il est climatisé.

Nous ressortons vite et continuons notre balade. Un marchand de tapis entame la conversation, nous demandant d’où nous venons et ce que nous voudrions faire. Comme toujours dans les premiers jours, nous sommes méfiants en pensant qu’il voudra forcément nous vendre quelque chose mais finalement, il n’insiste en rien et nous le quittons avec un sourire. 

Une échoppe attire ensuite notre regard. Le géant suédois du meuble en kit aurait donc un magasin ici, dans le bazar de Téhéran ? Malheureusement fermé, le magasin sera sans aucun doute une étape de notre future visite du bazar de Téhéran.

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Il est temps d’entamer les visites que nous avons prévues, et c’est vers le palais Golestan que nous nous dirigeons. La chaleur est écrasante, mais la visite est plutôt agréable et très surprenante. Dehors, les murs sont typiques de la Perse, avec des carreaux décorés qui font des fresques magnifiques.

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A l’intérieur, c’est plutôt le temple du kitsch. Des rénovations ont été entreprises, et nous espérons que Notre-Dame de Paris ne subira pas le même sort. Tout est plâtré, les décorations sont très colorées et tout fait faux, à part les objets exposés et les toiles de peintres iraniens, qui d’ailleurs ne sont pas mises en valeur par l’éclairage.

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Enfin, les murs et plafonds des dernières salles sont couverts de miroirs et de petits carreaux brillants, ce qui donne l’impression de déambuler dans le palais des glaces de la fête foraine du coin.

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Nous ressortons et après une petite pause à l’ombre dans les jardins du palais, retournons à la station de métro, une glace italienne à la main. Là, un jeune iranien entame la conversation et nous donne quelques pistes pour nos futures visites, comme le village de Darband que nous n’avions pas prévu mais qui a l’air plutôt sympa.

Notre prochaine étape est le musée de la Défense Sacrée et la climatisation du métro est la bienvenue. Deux iraniennes accompagnées d’un ancien commencent à discuter avec nous et c’est plutôt intéressant. L’une est dentiste, l’autre prof d’anglais. La première question qui leur vient à l’esprit est de comprendre pourquoi nous sommes ici malgré les problèmes politiques et surtout la réputation qu’ils ont. Ils sont lucides et savent très bien que la plupart des occidentaux en ont une image de méchants terroristes en puissance et eux s’en amusent carrément. Bon, les gens en face de nous font partie de la population éduquée et « riche » mais c’est déjà un premier contact intéressant. Nous terminons la conversation sur ce qu’ils connaissent de la culture française et nous nous amusons du fait que toutes les célébrités qu’ils connaissent et aiment ne sont pas de première jeunesse. Alain Delon ou Brigitte Bardot sont des noms sortis du passé, mais ils nous expliquent qu’après la Révolution Islamique en 1979, le temps s’est figé pour eux à ce niveau du fait de la censure et de la fermeture au monde extérieur.

Notre station arrive et avant de sortir prendre une correspondance, l’ancien nous mime un terroriste armé d’une mitraillette en se fendant la poire !

Dans le second métro, un vendeur à la sauvette entame la discussion et nous offre une histoire incroyable. On y croit ou pas, mais il dit avoir vécu en Angleterre et avoir eu la chance de voyager partout. Malheureusement, son frère a pris tout son argent, l’a même mutilé en lui crevant un oeil avec un couteau et finalement, se retrouve à Téhéran à vendre des chewing-gums dans le métro. Cette histoire, il ne nous l’a pas raconté avec misérabilisme. Au contraire, toujours avec un sourire et en ponctuant ses phrases d’un « c’est la vie » ou « c’est comme ça ». 

Nous quittons notre vendeur à la sauvette pour nous diriger enfin vers le musée de la Défense Sacrée. Le long du musée, des chars, des avions de chasse et des armes lourdes capturées aux irakiens sont exposés. Ils font aussi office de jeu pour les enfants puisque les gamins n’hésitent pas à monter sur les chars ou à manipuler les mitrailleuses lourdes. On s’amuse comme on peut ! En même temps c’est plus marrant qu’un vulgaire toboggan.

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Nous entrons ensuite dans ce musée retraçant l’histoire de la « guerre imposée ». Cette guerre commencée par l’agression de l’Iran par l’Irak en 1980 a fait des millions de morts et a duré jusqu’en 1988. 

Le musée met en scène plusieurs époques de cette terrible guerre qui a traumatisé les Iraniens, mais malgré la qualité des présentations (il y a même un simulateur de bombardement !) du déroulement de cette guerre, nous n’apprendrons pas vraiment pourquoi elle a commencé. Nous sentons quand même le ressentiment vis à vis des médias étrangers et de la communauté internationale, qui auraient plutôt soutenu l’Irak et frileusement condamné cette attaque injustifiée.

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Cette petite visite aura tout de même été instructive et agréable.

A quelques centaines de mètres de là se tient le Pont Tabiat, une attraction très prisée des Iraniens. Nous traversons ainsi un grand parc où les locaux profitent de leur jour férié pour aller pique niquer dans des cahutes prévues à cet effet, avec barbecue mis à disposition. C’est donc en famille (souvent nombreuses) et avec des kilos de nourriture et d’équipements qu’ils viennent fêter la fin du ramadan, un anniversaire ou tout simplement passer un bon moment.

De l’autre côté du parc se tient donc le fameux pont Tabiat. Cette « merveille » architecturale a de quoi être surprenante. Cette énorme passerelle de design moderne n’a rien de charmant, elle qui passe au dessus de l’autoroute, mais attire énormément de monde. Les selfies fusent de partout et les gens s’y arrêtent longuement pour discuter. Il s’agit même d’un lieu de rencontre pour les jeunes iraniens.

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Après avoir vu cette curiosité, nous décidons de nous arrêter manger un morceau dans le restaurant du pont. Oui, car il y a de nombreux stands de fast food et un restaurant dans ce pont à plusieurs niveaux. Nous ne changeons pas une équipe qui gagne et c’est avec des nouilles aux légumes et un café glacé que nous inaugurons notre premier vrai repas en Iran. Pour l’authenticité, on verra plus tard ! En même temps, l’impression que nous donne Téhéran est plutôt celle d’une ville moderne, où les iraniens adoptent un mode de vie de plus en plus occidental. Les pizzas, les burgers, le coca-cola (tiens ? il n’y a pas un embargo américain ?) sont légions, les gens se prennent en selfie pour s’afficher sur Instagram et la musique que nous entendons un peu partout est quand même orientée MTV.

Pendant le repas d’ailleurs, la playlist occidentale nous offre une surprise. En effet, entre les tubes anglo-saxons un intrus se glisse en la personne de Zaz. Même à Téhéran nous avons donc du subir « Je veux… » !

Il est enfin temps de rentrer, la longue journée, la chaleur et les kilomètres de marche auront eu raison de nous.

Sur le chemin, nous nous arrêtons tout de même boire un thé sur un trottoir où un iranien a posé 3 vans Wolksvagen modifiés pour devenir des food-trucks.

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Arrivés chez Massoud, la douche fait un bien énorme, la clim aussi. Et c’est avec cette fraîcheur que nous terminons cette première journée de visite à Téhéran. Demain nous prenons le bus pour Kashan, mais nul doute que nous reviendrons plus tard dans la capitale, au moins pour voir l’effervescence d’un des plus grand bazars du monde.

Notre Guest House : quartier Ekbatan – station Sharak e-Ekatan

Chez Massoud (Téhéran B&B) : 20 euros la nuit (avec petit-déjeuner)

Le quartier d’Ekbatan est un peu loin de tout, mais le métro bon marché efficace et confortable règle le problème. Massoud est gentil et serviable, mais très discret. Mais quand même moins que sa femme que nous n’avons pas eu la chance de voir. Le petit déjeuner est bon et copieux.

Ticket de métro : 12 500 IRR le trajet

Plat au Tabiat VIP : entre 300 000 et 500 000 IRR – Pont Tabiat station Shahid Haghani

Entrée au palais Golestan : 460 000 /p (partie principale) – station Panzdah e-Khordad

Entrée au musée de la Défense Sacrée : 250 000 /p (avec 30% de réduction jour férié) – station Shaihid Haghani


4 réflexions sur “IRAN – Téhéran

    1. Hello les amis ! On espère que vous allez bien et que vous allez aimer notre voyage ! En tout cas nous allons essayer de vous le faire vivre aussi près de la réalité. C’est notre premier voyage depuis notre retour donc on en profite à fond ! A bientôt !

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    1. Oui et tu verras que le plus intéressant ici n’est pas tant les monuments ou les paysages (qui sont quand même à voir !) mais les rencontres faciles et qui nous en disent beaucoup sur eux.

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