IRAN – Kerman et le désert des Kaluts

KERMAN ET LE DÉSERT DES KALUTS

16 juin 2019

Nous quittons notre désertique guest-house tôt ce matin. Nous faisons appel à un chauffeur pour nous emmener à la station de bus et en chemin, il nous montre les photos d’un bébé. Nous ne parlons pas farsi et il ne parle pas anglais, mais en déduisons qu’il s’agit de sa nièce et qu’elle lui manque. Avant de le quitter, il nous laisse un mot avec un numéro de téléphone pour le cas où nous aurions besoin d’aide. Une chose est sûre nous repartirons d’Iran avec un paquet de numéros de téléphone !

Nous prenons donc le bus en direction de Kerman, où nous attend le guide qui va nous accompagner deux jours dans le désert des Kaluts.

Après un peu plus de 5h de route, nous rencontrons donc Mansour, qui parle très bien le français même si c’est plutôt en anglais que nous communiquerons. Il nous emmène d’abord récupérer à manger dans une échoppe qui fait à emporter, puis allons déjeuner dans sa confortable guest-house. Une fois repus, nous attaquons directement par l’excursion et prenons sa voiture direction le désert des Kaluts à deux bonnes heures d’ici.

Sur la route, nous découvrons de jolis paysages de montagnes et Mansour n’est pas avare en explications géologiques. Nous sommes d’ailleurs prévenus, cette excursion sera le sommet de notre voyage en Iran !

Après avoir passé un col à plus de 2000 m, nous redescendons rapidement et approchons le désert. Le pare-brise est très chaud et suggère une température extérieure intolérable. Il s’agit quand même d’un des endroits les plus chauds et secs de la planète ! Il y a déjà été enregistré 70°C…

Mansour nous explique pas mal de choses sur ce désert. Le paysage change à mesure que nous roulons. Il s’agit d’abord de quelques arbres à épines, qui ont l’avantage de ne pas avoir besoin de beaucoup d’eau pour vivre et de stopper le sable lors de tempêtes, ce qui protège les oasis. La butte de sable qui s’accumule autour de l’arbre et qui parfois même l’ensevelit complètement forme ce que Mansour appelle des nebkas.

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Ensuite, ce sont de petits graviers sur plusieurs kilomètres. Ces petits graviers irradient la chaleur reçue par le soleil, ce qui contribue à la chaleur intense dans ce désert. Enfin, nous découvrons les Kaluts, des formations entièrement composées de boue desséchée. Pas une pierre ni rocher une fois les Kaluts atteintes et seul le sel omniprésent nous permet d’imaginer qu’il y a plusieurs milliers d’années, tout ceci était sous un océan.

Nous dépassons la dernière oasis, Shafiabad, et s’ouvre alors une route tracée droite qui traverse le désert. Cette route est à nous seuls et paraît sans limites. Ou plutôt si puisque lors des dernières pluies qui ont provoqué des inondations meurtrières dans le sud iranien, la route s’est affaissée et est donc coupée.

Enfin, le soleil est un peu plus bas et Mansour s’arrête pour nous faire faire une balade à pieds dans le désert. À pieds est le mot juste, puisqu’il nous demande d’enlever nos chaussures pour sentir et absorber l’énergie de la Terre. Nous sentirons surtout la chaleur intense du sol et Emie s’en sortira avec quelques cloques, mais la petite balade nous permet d’assister à un spectacle grandiose. Le coucher de soleil au milieu des Kaluts nous offre un paysage martien et les couleurs de cette heure de la journée en font un moment magique. À cet instant nous sommes seuls sur la planète et profitons du calme absolu.

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Pendant le retour à la voiture, nous dérangeons une énorme araignée jaune qui s’enfuit à une vitesse impressionnante. Nous passons également sur une rivière de sable apporté par le vent responsable de la formation des Kaluts, puis sur une étendue de boue tellement sèche et compacte qu’elle donne l’impression de marcher sur de la céramique. Mansour prend autant de photos que si c’était la première fois qu’il venait. Il nous précise qu’il est passionné par le lieu et que pour lui c’est à chaque fois différent. Il n’hésite d’ailleurs pas à prendre des risques pour prendre la meilleure photo Facebook/Insta possible.

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Il est ensuite temps de repartir de cet endroit qui restera certainement dans nos coups de coeur iraniens, et de retourner à Shafiabad pour y passer la nuit.

Sur la route, nous nous arrêtons prendre le thé au milieu de nulle part, ce qui nous permet de discuter avec Mansour à la seule lumière du clair de lune. Cet ancien instituteur nous parle de l’Iran, des difficultés économiques actuelles, du chômage et de la pauvreté qui s’installe.

Nous sommes ensuite accueillis par une famille, et après une bonne douche, pendant le repas, nous continuons à discuter avec notre guide de ce qu’il y a à faire à Kerman et aux alentours. Il nous propose une visite de Mahan et Reyen, ce que nous acceptons volontiers. Nous verrons plus tard que nous faisons là une erreur qui gâchera un peu ces très bons moments.

Enfin, il faut aller se coucher puisque demain matin, le réveil sonnera à 4h30 du matin pour une sortie en 4×4 dans les Kaluts.

17 juin 2019

La fatigue accumulée et la chaleur subie ces derniers jours rend le réveil difficile. Après une rapide toilette, nous prenons place dans le 4×4 d’Ayoub, un des garçons de la famille qui nous accueille. Après une petite heure de piste nous arrivons sur un site une nouvelle fois incroyable. Le calme, le paysage magnifique et les couleurs au lever du soleil font oublier le réveil très matinal. Pendant plus d’une heure et demi, nous allons de sites en sites, à grimper sur les Kaluts ou descendre des rivières de sable. La température est idéale et cette matinée nous enchante.

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Une fois gavés de Kaluts, nous retournons en direction de Shafiabad. Sur la route, Mansour nous fait découvrir un système de tunnels permettant de faire arriver l’eau de la montagne jusqu’à l’oasis. Le plus grand tunnel fait plus de 70 km. Sachant que ce système date de plusieurs centaines d’années, on peut aisément mesurer la difficulté de la tâche avec les outils de l’époque et dans cet environnement hostile. Ces Qanats fonctionnent encore et permettent également d’offrir un abri de la chaleur aux agriculteurs ou aux éleveurs de l’oasis.

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Enfin, nous terminons ce début de matinée par l’ancien caravansérail, en cours de réhabilitation.

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Nous allons ensuite prendre un petit déjeuner bien mérité, avant de quitter la petite famille très accueillante de Shafiabad.

La suite de la journée, après un peu moins de deux heures de route, nous amène à Mahan. Ici, nous passons rapidement devant un très joli mausolée puis allons dans les jardins Shahzadeh, construit sous la dynastie Qadjar, plus connue pour flamber et penser à se divertir plutôt qu’à gouverner. L’endroit est majestueux, avec ses bassins en cascades et ses arbres qui permettent de se promener à l’ombre. On imagine parfaitement les nobles et la famille princière se prélasser dans ces jardins.

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En haut des jardins, Mansour nous offre une boisson locale à base de graines de chia, de menthe et de sucre (tout en Iran est trop sucré !).

Nous redescendons à la voiture et prenons la direction de Rayen à quelques 65 kms de là. C’est l’heure de déjeuner et nous entrons dans un restaurant grande classe. La déco en marbre et le mobilier (encore sous plastique) font vraiment kitch à souhait. Mais le proprio est très sympa, la cuisine est bonne et carrément donnée. Nous y rencontrons d’ailleurs un hollandais avec son guide. Ce hollandais parle un français impeccable et nous lui demandons où il a appris notre langue. Il nous annonce alors qu’il est marié à une française et que par amour, il l’a suivi à… Montceau les Mines ! Improbable. Nous nous gardons de lui faire remarquer qu’il devait vraiment l’aimer pour quitter les Pays-Bas et aller croupir en pays minier (désolé pour tous les montcelliens !).

Après cette brève discussion nous allons à la citadelle de Rayen. Nous y croisons deux parisiens avec leur guide, puis dans la citadelle abandonnée un renard qui a élu domicile ici. La citadelle en elle-même est plutôt intéressante à voir, mais la fatigue commence à cerner les touristes que nous sommes et notre guide Mansour. Il nous expliquera quand même les différentes parties de la citadelle, avec le quartier des pauvres (celui des « gilets jaunes » comme nous glissera notre guide), celui des nantis et celui du roi.

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Il est enfin temps de rentrer et la route paraît un peu longue. Nous arrivons à la guest house de Mansour et après un petit repos autour d’un thé, nous décidons de partir pour laisser Mansour se reposer. Là, le malaise commence. Nous le payons ce qui était convenu (150 euros) et notre guide nous demande une rallonge de 30 euros pour la visite de Mahan et Rayen. Nous sommes tellement choqués que nous payons sans rien dire. Nous quittons ensuite froidement Mansour, qui nous avait pourtant fait passer jusque là deux jours incroyables, mais c’est la déception qui l’emporte à cet instant.

Nous allons nous poser dans un café, la tête basse, ruminant cette déception humaine et réfléchissant à ce qui a pu se passer. Lors du dîner dans le désert, nous avons demandé à Mansour ce qu’il y avait à faire à Kerman et il nous a parlé de Mahan et Rayen. Il nous a proposé de nous emmener et nous avons accepté. Et l’erreur de communication vient de cet instant précis. Il ne nous a jamais dit qu’il y aurait un extra pour ces visites, et nous ne lui avons pas demandé non plus. Les torts sont partagés mais nous ne pouvons pas rester comme ça. Nous décidons donc de lui envoyer un message pour lui faire partager notre amertume par rapport à la situation et lui donnons rendez-vous à la station de bus pour que nous nous expliquions. Ce qu’il a accepté volontiers.

Nous terminons notre limonade, puis prenons une voiture pour nous emmener à la station de bus. Les vingt minutes qui suivent deviennent alors pour nous le premier jour du reste de notre vie. En environ vingt minutes, nous avons failli mourir quinze fois. La conduite de notre chauffeur, très gentil au demeurant, est totalement inconsciente. Le tout en regardant son téléphone et répondant à ses messages. Quand il a su que nous étions français, il s’est mis en tête d’appeler un de ses anciens clients français. Après une brève conversation avec Jordy, le français qui a aussi survécu à la conduite de cet iranien, nous sommes obligés d’être fermes et de demander au pilote de ralentir et de faire attention. Pas rancunier, à l’arrivée à la station de bus il refuse le paiement et nous offre l’hébergement chez lui. Nous refusons poliment et lui payons de force sa course. Nous sommes quand même quittes pour lui donner notre numéro Whatsapp et sommes donc certains d’être un jour ou l’autre rappelés par un français risquant sa vie dans la voiture de ce fou du volant.

Après ces émotions, nous allons prendre notre ticket de bus et attendons Mansour. Nous le rencontrons sur le parking et nous nous expliquons tranquillement. Il comprend la situation, nous rembourse l’extra et nous demande de rester à sa guest house en guise de cadeau. Sa sincérité est palpable et avoir réglé ce souci nous permet d’avoir l’esprit tranquille. Fidèles à nous-mêmes, nous voulons pas nous priver, être généreux, mais nous ne voulons pas être naïfs non plus. Comme toujours, nous ne sommes pas là pour payer le moins possible mais les choses ont une valeur. Mansour a bien compris que la situation embarrassante venait d’un malentendu et d’une mauvaise communication de notre part mais aussi de la sienne, et c’est finalement en bons termes que nous nous quittons.

Cette soirée riche en émotions se termine dans le sleeping bus pour Shiraz, un bus au décor néon rouge et lino motif girafe, plus proche du quartier rouge d’Amsterdam que d’un bus iranien.

Tour désert des Kaluts : 150 euros pour les deux (tout inclus). Mansour est un super guide et nous a fait passer deux super journées. Attention quand même à bien demander ce qui est inclus dans le tour…

Son numéro Whatsapp : +98 913 346 1191

Bus Kerman – Shiraz : 600 000 IRR/p (un peu plus de 8h)


2 réflexions sur “IRAN – Kerman et le désert des Kaluts

  1. Hello,
    J’ai un train de retard, mais c’est chouette de vous savoir repartis… et rentrés probablement 😉 Vos aventures iraniennes semblent s’être bien passées. Les photos sont en tout cas très belles et vos récits touchants.
    À une fois peut-être!
    Le suisse de Hsipaw et Bagan…

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    1. Salut Mat ! Ça fait plaisir d’avoir des nouvelles ! Oui l’Iran est un pays à découvrir ne serait-ce que pour tordre le cou à certains clichés. Et même si les paysages ne sont pas extraordinaires les gens eux le sont réellement.
      A bientôt peut être !
      Bises à Neus

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